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Au-delà de l'écran

Portrait de Veronica Tiron, étalonneuse

Directrice de la photo de formation, étalonneuse et formatrice Baselight, Veronica Tiron incarne cette nouvelle génération de créatrices qui font le pont entre le plateau et la post-production. Collaboratrice de grands chefs-opérateurs comme Mikhail Krichman, elle partage une vision globale du métier, entre la transmission des fondamentaux de la colorimétrie et l’expérimentation des dernières révolutions logicielles.

« Que va devenir l’image après la prise de vue ? »

Comment est née ta passion pour l’image et l’étalonnage ?

Veronica Tiron : Dès le collège, j’ai commencé à étudier la photographie. Je me demandais déjà : « Comment vais-je transformer cette image après la prise de vue ? ». Après le collège, je suis entrée au VGIK à Moscou (l’Institut national de la cinématographie Gerasimov), pour suivre une formation de directrice de la photographie. C’est une école de cinéma historique où ont étudié Tarkovski et Sokourov. On y étudiait l’histoire de l’art, les grands maîtres et les codes visuels. Cette culture générale a été importante car elle forge le goût, l’œil et le regard. De nouveau je me posais cette question « Que va devenir l’image après la prise de vue ? ».

Comment es-tu passée de la prise de vue sur le plateau à l’étalonnage en laboratoire ?

Veronica : Dès la deuxième année à l’Université, je me suis orientée vers l’intermédiaire numérique (DI). Durant mes études, j’ai rejoint un laboratoire de post-production en tant que stagiaire pour me former sur Baselight. Mon profil les a intéressés car j’avais déjà une sensibilité esthétique affirmée et une envie spécifique en termes d’image.

Au VGIK, nous tournions en pellicule, noir et blanc ou couleur. J’avais donc déjà des notions techniques, j’avais appris à mesurer la densité du film, à manipuler un spotmètre et à faire des essais optiques. L’étalonnage est une double discipline technique et artistique : avoir cette compréhension physique et scientifique de l’image sur le plateau m’a permis d’aborder Baselight avec une bonne connaissance de la chaîne image. Mais il me restait encore beaucoup à apprendre.

“The end”, dir. Joshua Oppenheimer, dop. Mikhail Krichman
Le travail collaboratif

Comment aborde-t-on l’étalonnage quand on travaille en collaboration avec un chef-opérateur ?

Veronica : C’est une question d’affinités et de langage commun. J’ai souvent travaillé avec des amis, avec qui on a le même âge, la même formation. Quand on partage les mêmes références artistiques et picturales, le travail est plus fluide. Il m’est arrivé d’appliquer une intention ou de créer un look deux secondes avant que le directeur de la photographie ne l’exprime verbalement. Quand cette complicité s’installe, le travail en salle d’étalonnage devient un pur plaisir de création collective.

Mais ça m’est aussi arrivé avec des personnes plus connues dans le métier, dont j’étais une grande fan. Là aussi ça a été facile parce qu’on pense un peu la même chose. J’appréciais beaucoup les œuvres qu’ils avaient réalisées et que j’avais déjà vues. On a pu échanger des références de peintures ou d’œuvres d’art en se comprenant tout de suite.

J’ai notamment eu la chance de travailler avec le directeur de la photographie Mikhail Krichman. Je connaissais sa filmographie et j’étais débutante. La collaboration avec lui m’a aidée à approfondir mes connaissances et ma façon de travailler. Quand on a la chance de travailler avec quelqu’un qui a beaucoup d’expérience et un grand talent, ça impulse beaucoup.

Depuis 2021, tu interviens en tant que formatrice pour FilmLight et Aski-da Formation, en parallèle de ton travail d’étalonneuse. As-tu une méthode pédagogique lorsque tu formes des professionnels sur Baselight ?

Veronica : J’aime déconstruire l’image. Mon objectif est d’aider les stagiaires à faire la distinction entre les choix artistiques qui composent l’image (le look, les intentions) et les leviers techniques sur lesquels on peut intervenir. Sans imposer mes propres goûts, je m’appuie sur des références cinématographiques variées pour montrer comment on peut trouver la direction, s’approprier la couleur, avant de basculer sur les outils logiciels pour la partie technique.

"Summer ends soon”, dir. Yana Skopina, dop. D.Balanovskaya
L'évolution des outils techniques

Le métier d’étalonneur évolue rapidement. Comment perçois-tu les dernières innovations de Baselight ?

Veronica : Sur le plan technique, depuis les dernières évolutions de Baselight, j’ai remarqué pendant les sessions d’étalonnage avec mes clients que le travail devient vraiment de plus en plus interactif. On utilise toujours des slides, plus chauds, plus jaunes, ou plus bleus… Mais aujourd’hui avec des outils comme le Depth Keyer ou Xgrade, la manipulation des nuances devient presque 3D et tactile : on cible et on ajuste les couleurs directement dans l’image avec beaucoup plus de rapidité.

Et l’arrivée de l’IA a-t-elle déjà un impact sur le métier d’étalonneur ou d’étalonneuse ?

Veronica : Concernant l’IA, bien sûr il y a des débats sur la génération d’images, qui questionne l’avenir de l’étalonnage. Aujourd’hui, la réalité du terrain montre que l’humain reste indispensable. Il m’arrive aussi d’être appelée en urgence sur des plateaux de publicité comme DIT parce que les générateurs d’images n’arrivent pas à restituer la cohérence visuelle souhaitée par le réalisateur.

Moscow cinema school exercise - film copy "AMELI" dop. S.Dokuchaev

L’arrivée de Baselight sur macOS a-t-elle changé ta manière de travailler ?

Veronica : Beaucoup. C’est ce qui me permet de travailler davantage en tant que freelance. Aujourd’hui, je peux travailler sur des longs-métrages indépendants comme sur des formats plus courts. Je peux préparer mon look development chez moi en amont, avant de finaliser la session dans un studio de post-production. Cela m’offre une autonomie et une flexibilité beaucoup plus grandes.

"Vermiglio", dir. Maura Delpero, dop. Mikhail Krichman